mardi 5 février 2013

Francis Giauque

Venant peu après la publication de l’œuvre complète du poète suisse aux Éditions de l’Aire en 2005, cette livraison déjà ancienne offre une somme d’études, de témoignages, d’extraits de lettres et de repères biographiques qui rappellent la trajectoire fulgurante d’un homme que l’on retrouve, dans ses poèmes brefs, en train de se battre sans relâche (et sans illusion) avec la maladie, l’angoisse, la solitude.

La poésie de Giauque est née d’une urgence, d’une nécessité de fissurer (avec des mots simples, dans une forme austère) le véritable mur dépressif contre lequel il se cogne - entre les années 1958 et 1965 - et qui annihile, peu à peu, ses dernières forces.

« Douleur implacable. Se ruer dans la nuit. Gouvernail arraché. Voiles déchirées. Le vieux navire prend eau de toutes parts. Attention. Bientôt la main ne pourra plus guider les mots. Conscience et esprit comme une plage couverte de cadavres. Les larmes ne peuvent plus couler. Ont trop coulé. Un peu partout. Dans les chambres closes. Les cellules verrouillées. Les bistrots déserts. Les lits éventrés. »

Parler seul, L’ombre et la nuit, Terre de dénuement, Journal d’enfer : à eux seuls, les quatre titres de Giauque expriment assez ce que fut la courte existence (1934-1965) de celui qui n’aura jamais cessé de se rapprocher de ceux qui, “emmurés, dépossédés d’eux-mêmes”, lui ressemblent.

« À force de fréquenter les poètes maudits, et je pense plus spécialement à celui qui fut mon maître : Antonin Artaud, j’ai fini par leur ressembler. C’est un héritage terrible. »

Parmi les nombreux hommages (Jean-Pierre Begot, Arnaud Buchs, Jean-Jacques Queloz) figurant au sommaire de ce volume de 230 pages conçu par Patrick Amstutz, ceux de Georges Haldas et de Hughes Richard, qui furent des proches de Giauque, sont particulièrement émouvants. Tous deux ont vu très vite l’état psychique du poète (vivant souvent reclus, noircissant page sur page) se dégrader.

« C’était hallucinant de voir cette graine intacte promise à la destruction », écrit Haldas dans Jardin des espérances (Éd. L’ Àge d’homme, 1969), livre dans lequel il lui consacre une cinquantaine de pages.

« Lire Giauque est une épreuve », note François Boddaert. C’est effectivement vrai. Traverser avec lui cet océan de sombre désespérance pour aboutir à une fin implacable (suicide au lac de Neufchâtel en mai 1965) est douloureux mais sans doute nécessaire pour que le fil de cette voix fragile ne se casse pas.

 Intervalles : Sur le Souhait, 31 - CH 2515 Prêles (Suisse).

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