« On s’arrête n’importe où, n’importe quand – en fait, dès que possible,
on s’occasionne des détours, s’improvise des replis, des trajets inverses,
on part telle une fusée, en rêve éveillé.
De quel contenu ? Refaire le monde, comme à 16 ans !
Renaître, faire mieux ! »
Pas de plan préétabli. Il flâne à son rythme, se laisse guider par son instinct, retrouve d’anciens repères, des jalons gravés en lui. Ainsi, l’école maternelle de son enfance, "à l’orée du quartier du Pont-du-jour", boulevard Murat, point de départ de son livre et de ses déambulations, Ou encore la maison où habitaient Tristan Tzara et Greta Knutson.
« À qui débouchait de l’allée des Brouillards, elle apparaissait presque de front, en dépit des arbres qui masquent sa façade. »
Partout où il se rend, l’architecture (en l’occurrence ici celle d’Adolf Loos, "un minimaliste qui ouvrit la voie au Bauhaus, à Le Corbusier, au fonctionnalisme") requiert son attention. Le sujet est abordé avec précision et là aussi l’acuité de son regard fait mouche. Il y joint sa perception de l’harmonie, de l’équilibre des formes. Dit ce qu’il apprécie, ce qu’il abhorre. Ce n’est pas par hasard que son livre a pour sous-titre "Architectures déambulées".
Si Joël Cornuault revient sur les pas du piéton parisien qu’il fut, il rappelle également les traces laissées par quelques-uns des écrivains qui restent ses guides. La promenade devient alors littéraire. Léon-Paul Fargue, Jacques Yonnet, George du Maurier, Aragon, Eugène Dabit et André Breton ne sont jamais loin. Leur présence est rassurante.
« D’autres noms qui comptent pour moi, outre ceux de Rodanski, Mabille ou Calet, sont liés à Passy et à ses environs – Rousseau, Diderot, Nerval, Pierre Louÿs, Michel Leiris ou, j’y songe, Supervielle. »
Présente également Jeanne Duval, celle de Baudelaire bien sûr mais aussi celle de Modiano (dans L’Herbe des nuits) et, plus proche, plus intime, "celle que j’ai bien connue – , je veux parler de ma propre mère, qui s’appelait ainsi de son nom de jeune fille".
Suivre Joël Cornuault dans ses déambulations, c’est s’accoutumer aux zigzags, s’initier à une lecture particulière de la ville, s’attacher aux détails infimes et précieux, prendre l’air du temps présent tout en se remémorant des scènes passées, observer ce qui vit et bouge aux alentours, "sans autre médiation que celle des sens et de l’imagination, plus ou moins luxuriante, attisée par des lignes, par des sons (le zaoum des oiseaux !), des teintes, des ombres et des reflets posés sur le décor".
Joël Cornuault : L'école du Point-du-Jour, Le Temps qu'il fait.




