samedi 25 mai 2019

C'est un beau jour pour ne pas mourir

Détournant un titre de James Welch – qui l’emprunta lui-même à Crazy Horse qui, se lançant à l’assaut des troupes du général Custer, lors de la bataille de Little Bighorn le 25 juin 1876, ordonna à ses hommes d’attaquer en leur criant « c’est un beau jour pour mourir » –, Thomas Vinau démontre, poèmes à l’appui, que chaque jour peut, au contraire, en d’autres circonstances, contenir assez de lumière pour inciter à ne pas vouloir mourir. La moindre lueur qui filtre, y compris dans la grisaille des matins fades, attire son regard. Il s’y aimante. Sa pensée suit. Et les mots aussi. Qui disent la vie comme elle va, ou ne va pas. Avec ses manques, ses rites minuscules, ses infimes surprises. Tous ces riens qui, mis bout à bout, tissent le fil rouge qui relie l’homme à son environnement immédiat.

« D’abord écrire
avancer avec ce que le jour donne
des abeilles
la rosée
des poils de chien dans le café »

Thomas Vinau écrit tous les jours. Et donne ici 365 poèmes qui sont autant de traces de pas imprimées sur le sol friable d’une année. Ce sont des ciels clairs ou voilés, des bris d’étoiles ébréchées, des rêves perdus au creux d’une flaque d’eau, des mouches prises dans une toile d’araignée, des morceaux de voix qui coupent l’ennui en tranches, des aboiements de chiens qui résonnent dans la nuit, des éclats de verre qui scintillent au soleil, des corps qui se touchent en s’embrasant ou des flashes qui reviennent de loin (« comme Patrick Dewaere s’éclatant la tête sur le capot de sa voiture en hurlant Pauvre connard ! »). Ce sont bien d’autres choses encore. Les avis de passage du facteur temps. Des lettres en poste restante dans la stratosphère. Des lignes brèves qui attestent d’une vie aux aguets. Celle d’un guetteur à l’œil vif qui ne se berce pas d’illusions.

« On amadoue le monde
avec des mots
ce qui revient un peu
à tenir tête
à un dragon
avec une salière
dans chaque main  »

Pas question, pour autant, de botter en touche. Et de jouer à l’aquoiboniste de service en faisant vœu de silence. Thomas Vinau note ce qui le traverse, ce qui le transcende, ce qui lui sert de point d’appui pour tenir en suivant la route étroite et sinueuse qu’il s’est choisi. De temps à autre, Brautigan improvise un bout de chemin en sa compagnie. Plus loin, Pierre Autin-Grenier, son ancien voisin du Vaucluse, prend le relais en lui adressant un léger signe de la main. Il lui répond en lui offrant un poème. D’autres rappliquent, poètes souvent mais pas seulement, dont le regard pétille, qui s’avèrent de précieux témoins du temps qui glisse en laissant derrière lui des brindilles que les glaneurs avisés ramassent. Thomas Vinau est l’un d’entre eux. Il les assemble en gerbes ou fagots fragiles qu’il distribue régulièrement à ceux qui veulent bien s’en saisir.

Thomas Vinau : C’est un beau jour pour ne pas mourir, Le Castor Astral.


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