C’est le livre d’un homme en colère, un homme blessé par la maltraitance
et la terrifiante souffrance que l’homme fait subir au monde animal.
Rien ne semble pouvoir arrêter cette folie meurtrière. Elle se décline
de différentes manières, se banalise et passe trop souvent inaperçue
alors même que chaque nuit des centaines de camions aux remorques
pleines de bêtes à la durée de vie très écourtée sillonnent les routes
de l’hexagone pour rejoindre les abattoirs.
Certains pourtant ne se résolvent pas au silence. Ils prennent la
parole (d’autres la caméra), disent leur révolte, fouillent, documentent
et dressent un constat qui ne peut laisser indifférent. Jean-Pascal
Dubost est de ceux-là. Il exprime son indignation en utilisant sa propre
langue, solide, concrète, qui puise ses subtilités dans un français
ancien tout en restant dynamique et actuelle, langue savamment
travaillée qui donne à ses textes poétiques une tension accrue.
« or d’admettre me faut qu’impossible m’est de hanter la douleur
animale jusqu’aux atrocités les plus ignobles et les plus viles et
abjectes dont seul l’homme est généreux de dons de dire amplement la
défaite animale
et force alors m’est que je dise cette déploration mortelle et ma déficience en style plein d’émoi »
Du poussin mâle broyé à la naissance (seules les futures pondeuses
auront la vie sauve) à l’oie gavée par pompe hydraulique afin que son
foie devienne gros et malade (de stéatose hépatique)) et prêt à la
dégustation (miam, miam) pour le réveillon en passant par le homard (ou
le crabe) jeté vivant dans une casserole d’eau bouillante ou par le veau
anémié (pour garantir une viande blanche) et par le cochon bouclé et
castré à vif, puis engraissé et piqué aux antibiotiques, qui ne verra le
jour pour la première (et la dernière) fois que coincé, à l’étroit
contre ses frères de misère, dans une remorque grillagée à double ou
triple pont, la liste est longue des cruautés dont l’homme est capable
vis à vis de ceux qui, comme lui, sont pourtant considérés (depuis dix
ans seulement) comme « des êtres vivants doués de sensibilité ».
« Il oublie son chien attaché à l’arrière de sa voiture à Montauban
oublie ses deux chiens attachés à l’arrière de sa voiture à
Charleville-Mézières oublie son chien attaché à l’arrière de sa voiture à
Sedan oublie son chien attaché à l’arrière de sa voiture à Carignan
oublient à Grisolles leur chienne attachée à l’arrière de leur voiture
parce qu’eux échauffés d’alcool et l’usage de raison perdu par yvraison
la laissent morte peau écorchée chair arrachée os râpés »
Pour le bien-être animal, il faudra repasser, note-t-il en donnant
moult et peu glorieux exemples qui vont, hors pratiques courantes et
domestiques, de la chasse à courre à la corrida et des safaris aux
sacrifices rituels.
« Pensée pour volailles ovins caprins abattus à date fixe au nom de
dieu miséricordiable fors pour l’animal c’est agréé par l’humain
sanglant maudit. »
Dans une séquence baptisée Un petit champ de massacres en phrases.net, il reprend en les versifiant quelques dizaines de phrases glanées sur Internet pendant l’écriture de ses Animaleries.
« Les museaux d’élans ont
la réputation
d’améliorer l’immunité et
de prolonger l’espérance
de vie »
(holidogtimes.net)
« Coronavirus :
La Chine autorise un
médicament à
base de
bile d’
ours »
((natura-sciences.com)
D’autres citations suivent qui montrent la détresse de l’animal dont
on a détruit, au bulldozer ou lors d’un méga-feu, l’habitat naturel.
Quelques sites dénoncent le peu de scrupules des influenceurs et
artistes qui utilisent des animaux (exotiques ou pas) pour attiser la
curiosité des visionneurs. Hommage est également rendu à Alexander, le
poney du théâtre Zingaro euthanasié après une violente chute survenue
lors d’une représentation.
« Maltraitance animale :
80 %
des personnes
mises
en cause
sont
des hommes »
(lavoixdunord.fr)
Jean-Pascal Dubost ne lève qu’un coin du voile. "Xuis au regret de
ne pas tout dire du pire". Il l’admet (le contraire n’est d’ailleurs
pas envisageable) : l’écriture de son livre lui fut douloureuse. On ne
peut mentionner la grande et gratuite cruauté de l’homme dit civilisé
envers les bêtes (et bien sûr envers ses semblables, auxquels il
attribue alors des noms d’animaux) sans en être profondément affecté.
Déstabilisant, cet ensemble l’est aussi pour le lecteur. Il n’en reste
pas moins nécessaire. Comme l’est la saine colère qui s’exprime en ce
saisissant et percutant bestiaire.
Jean-Pascal Dubost : Animaleries, L'Atelier Contemporain.