Pas de traversées des grands espaces chez Mary Oliver mais une constante et étroite relation nouée avec la nature, au quotidien, dans un environnement propice à l’observation. Elle s’attache à décrire ces moments ordinaires où la surprise est souvent à portée de regard.
« Quand pendent les mûres
généreuses dans les bois, dans les ronces
qui n’appartiennent à personne, je passe
toute la journée dans les hautes
branches, allongeant
mes bras éraflés, sans penser
à rien, en pressant
le miel noir de l’été
dans ma bouche ; toute la journée mon corps
accepte ce qu’il est. »
Plus loin, des champignons sortis de terre après une pluie d’automne entrent dans son poème. Puis c’est au tour d’un chaton mort (qu’il faudra enterrer) et, peu après, du feu de la foudre de se glisser entre les lignes, signant le froid et le chaud, dictés par une nature parfois imprévisible.
Elle n’idéalise pas, reste concrète, compose avec la réalité plutôt qu’avec le rêve. "Ce qui trace le chemin n’est pas nécessairement beau", note-elle dans un poème intitulé Chou puant. Quand, dans tel ou tel animal sommeille un prédateur, elle le consigne, preuves à l’appui. Ainsi, les corneilles ont peur du hibou, les vautours "survolent les clairières à la recherche de la mort" et l’ourse, alléchée par l’odeur du sucre, devient gloutonne et mange le miel et les abeilles.
Elle n’oublie évidemment pas les êtres humains, qu’elle évoque, Les enfants perdus,
« Dans le sud de l’Ohio,
il y a longtemps,
Lydia, onze ans, laissa
sa sœur cadette
sur le chemin pour se lancer à la poursuite
de vaches égarées, et ne revint
pas »
ou sa compagne, hospitalisée à Boston,
« Je plonge mon regard dans tes yeux
qui sont tantôt verts, tantôt gris,
tantôt pleins d’humour, mais souvent non,
et je me dis que tu es meilleure,
parce que ma vie sans toi serait
un endroit pleins d’arbres desséchés et brisés. »
Elle n’oublie pas, non plus, les tribus amérindiennes qui habitaient, il n’y a pas si longtemps, ce même territoire. Elles sont dans sa mémoire et dans ses poèmes.
« Parfois
je voudrais peindre mon corps en rouge et sortir dans
la neige chatoyante
pour mourir. »
Ce qui caractérise la poésie de Mary Oliver, outre le lien fort et respectueux qu’elle n’a cessé d’entretenir avec la nature, c’est la simplicité et la clarté de ses écrits. À la lire, tout paraît évident. Chaque mot est à sa place, l’image est toujours sobrement ciselée, le regard bienveillant, le lexique jamais haut perché, en chaque poème se retrouve un instantané de vie. Autant d’éléments qui font d’Amérique primitive un livre lumineux et tonique.
Mary Oliver : Amérique primitive, poèmes présentés et traduits par Cécile A. Holdban et Thierry Gillybœuf, Éditions Poesis.

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